

2011-11-01, Charlevoix
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L’origine du projet
L’idée de créer une réserve de la biosphère, près de la ville de Québec, est née au sein d’un comité (MAB/Canada : l’Homme et la Biosphère) de la Commission canadienne de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture à la fin de l’année 1984. À ce moment-là, on comptait environ 250 réserves dans près de 75 pays et l’UNESCO avait entrepris de développer le système des réserves de la biosphère notamment comme un moyen de favoriser les objectifs des parcs nationaux en pleine évolution. Le vice-président du comité, Donat Savoie, conseiller scientifique au ministère canadien des Affaires indiennes et du Nord, exprima l’avis qu’on recherche un écosystème représentatif de la forêt boréale au nord de la ville de Québec, et qu’on y crée une réserve de la biosphère.
Deux Québécois faisaient alors partie de l’UNESCO : Yvon Dubé, ingénieur forestier, coordonnateur des activités en milieu amérindien et inuit au ministère du Loisir, Chasse et Pêche (Québec) et Henri Dorion, géographe, de la direction générale de la planification au ministère des Relations internationales (Québec). Ces trois personnes travaillèrent de concert à préparer une rencontre exploratoire qui eut lieu le 13 août 1985 à Québec. Ainsi démarrait un projet qui aboutira à la présentation d’une demande officielle à l’UNESCO (Paris) le 25 avril 1988.

La première étape de la réalisation
Sous la direction d’Yvon Dubé, le groupe de travail constitué à la réunion du 13 août 1985 réunissait des personnes du ministère du Loisir, Chasse et Pêche, du ministère de l’Énergie et des Ressources, de l’Université Laval et de la Commission de Toponymie du Québec. Le groupe avait pour mission « ...d’associer différents partenaires des domaines privé et public à la mise sur pied d’une Réserve de la Biosphère qui portait le nom de Montmorency et le groupe fit la visite de divers territoires d’intérêt, tels la forêt Montmorency et le parc des Grands-Jardins. Au cours des premières études, on examina un territoire s’étendant de Québec jusqu’au Saguenay.
À des degrés divers, près d’une trentaine de personnes ont participé aux activités du groupe de travail. Un premier projet fut préparé comportant, entre autres, un examen du territoire, une définition des objectifs de la future Réserve de la Biosphère et un échéancier détaillé pour la poursuite des travaux. On dressa une liste de près de 200 personnes et organismes qu’on souhaitait intéresser, et qui furent convoqués à une réunion au Collège d’enseignement général et professionnel de Sainte-Foy, le 13 décembre 1986.

Un conseil d’administration provisoire
Cinquante-trois personnes répondaient à l’appel, parmi lesquelles on élisait un Conseil d’administration de 17 membres, dont six formaient un Comité exécutif. Suite à cette assemblée d’information, il a fallu deux ans de travail intense pour mettre au point un projet bien articulé, avec la collaboration d’intervenants provenant de divers milieux.
Dès les débuts, on définissait des objectifs visant à allier les deux buts principaux d’une réserve de la biosphère : la protection des valeurs naturelles du site et l’utilisation rationnelle des ressources par la population. L’Intérêt manifesté par la population de Charlevoix, représentée dès le début au Comité exécutif par Charles Roberge, alors vice-président, amenait le Conseil d’administration à choisir les limites actuelles de la Réserve, qui prit dès lors le nom de Charlevoix.
Le territoire de la réserve de la biosphère projeté s’étendait depuis le Cap Maillard jusqu’à Port-au-Saumon, comprenant les bassins versants de deux grandes rivières, celle du Gouffre et celle de La Malbaie, ainsi que l’Île-aux-Coudres et la moitié du fleuve Saint-Laurent devant les côtes ainsi délimitées. La région de Charlevoix contient un échantillon presque complet des types de forêts québécoises, dont la taïga et la toundra, ainsi que plusieurs villages. Elle constitue un ensemble nature-culture qui répond, avec un accent particulier, à la fois varié et homogène, aux objectifs mêmes d’une Réserve de la Biosphère.
Par ailleurs, ce projet incluait une aire centrale, les Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, qui ne bénéficiait pas d’un statut de protection véritable. Ce territoire fabuleux de l’arrière-pays de Charlevoix avait pourtant fait l’objet d’une planification formelle du ministère responsable des parcs du Québec et devait obtenir le statut de parc de conservation en 1985. Cette même année, un moratoire sur la création de parc au Québec était adopté avant la création du parc, reléguant ce projet aux « calendes grecques ».
Conscients de l’obligation faite par l’UNESCO, dans le cadre du programme sur les réserves de la biosphère, que chacune des aires centrales bénéficie d’un statut de protection, mais soucieux d’intégrer le site exceptionnel des Hautes-Gorges dans ce projet à caractère international et de favoriser ainsi la création d’un véritable parc de conservation, les gens de Charlevoix incluaient ce territoire dans les trois aires centrales proposées.

Un projet novateur
Ce pari risqué pouvait compromettre l’acceptation par L’UNESCO de la demande émanant de la région, mais les initiateurs de cette initiative étaient convaincus de l’à-propos de cette démarche collective et proposaient en quelque sorte que le statut de réserve de la biosphère devienne un outil de développement régional.
À l’intérieur des limites de la réserve, on désignait trois aires centrales : le parc des Grands-Jardins, le territoire des Hautes-Gorges et le Centre Écologique de Port-au-Saumon. La Forêt Montmorency à l’ouest et le secteur des Palissades à l’est étaient identifiés en tant qu’aires satellites.
D’autre part, les membres de l’exécutif avaient décidé d’inclure dans la proposition, à titre de zone tampon l’ensemble du territoire de Charlevoix compris `l’intérieur des limites des bassins hydrographiques de la rivière Malbaie et de la rivière du Gouffre qui recoupaient la région de l’impact météoritique de Charlevoix, mais avait également la particularité d’inclure une portion importante de la population locale régionale. En 1988, environ 30 000 personnes vivaient sur le territoire, dans 21 localités regroupées en deux municipalités régionales de comté (MRC). Ce projet, original à plus d’un titre, incluait donc un territoire habité, ce qui était tout à fait inhabituel, le réseau des réserves de la biosphère ne comprenant pas de sites semblables.
Enfin, la dénomination formelle du territoire projeté était celui de « Réserve mondiale de la Biosphère de Charlevoix. Les initiateurs de ce projet ambitieux voulaient ainsi distinguer celui-ci des autres types de réserves (fauniques, écologiques, etc.), mais également envoyer un signal à la population de Charlevoix pour favoriser le sentiment d’appartenance et l’appui des citoyens en faveur de la protection de l’environnement fragile et exceptionnel de la région. En ajoutant le terme de « mondial » à la proposition faite à l’UNESCO, on valorisait la fierté des gens du lieu à être intégrés dans un réseau international prestigieux et on proposait aux individus, organismes et institutions charlevoisiennes de contribuer à l’amélioration de la qualité de vie par le biais d’un projet collectif.
Un comité régional, dirigé par Charles Roberge et incluant également Messieurs Denis Dufour et Michel Bélanger, des MRC de Charlevoix-Est et de Charlevoix, avait élaboré le dossier de candidature à soumettre à l’UNESCO, entrepris une consultation populaire et obtenu l’appui des administrations municipales, des organisations régionales et des gouvernements du Québec et du Canada, au cours d’un processus qui a duré deux années, entre 1986 et 1988. Le projet était présenté à la Commission canadienne pour l’UNESCO au début du mois de mai 1988.

La création de la Réserve mondiale de la Biosphère de Charlevoix
À partir de ce moment-là, les événements se précipitaient. Le 18 août 1988, UNESCO Canada annonçait la nomination de Charlevoix comme réserve de la biosphère et transmettait le dossier au siège de l’UNESCO à Paris. La Commission canadienne soulignait l’importance accordée à la consultation et affirmait que la qualité générale du dossier en faisait un modèle du genre.
Dès la réception du dossier à Paris, le Secrétariat de l’UNESCO le faisait analyser par un groupe consultatif d’experts. Le dossier était ensuite acheminé, avec l’avis des experts, au Conseil International de Coordination du programme sur l’Homme et la Biosphère (MAB), composé de représentants élus de trente pays membres de l’UNESCO. Le 18 novembre 1988, le président du Programme MAB de l’UNESCO, M. Li Wen Hua, annonçait officiellement la désignation de Charlevoix comme réserve de la biosphère. Les membres du conseil se déclaraient « forts satisfaits de la préparation méticuleuse de la documentation et de l’intérêt de la population locale pour cette Réserve ».
Cette reconnaissance consacrait la portée mondiale du travail soutenu d’un groupe de Québécois motivés par le dynamisme créateur du responsable, Yvon Dubé. Le document officiel attestant la création de la Réserve de la Biosphère de Charlevoix était signé à Paris le 12 janvier 1989 par M. Federico Mayor, directeur général de l’UNESCO.

Des événements soulignaient l’obtention du statut
Pour marquer l’acceptation du projet par l’UNESCO Canada en même temps que le vingtième anniversaire du Centre écologique de Port-au-Saumon, un souper-bénéfice avait lieu au Manoir Richelieu le 21 août 1988. On assistait à la présentation du film « l’Homme qui plantait des arbres » en présence de l’auteur, Frédérick Back, ainsi qu’à une conférence de l’écologiste Pierre Dansereau, intitulée « Charlevoix, Réserve mondiale de la Biosphère, récompense ou défi? »
Au début de l’année 1989, le Conseil d’administration de la Réserve mondiale de la Biosphère de Charlevoix publiait le dépliant décrivant la Réserve de Charlevoix, ainsi que la nature et les objectifs d’une réserve de la biosphère. En frontispice, le tableau emblème de la réserve, cadeau du peintre Bruno Côté, présentait une vue remarquable des Hautes-Gorges de la Rivière-Malbaie.
Par ailleurs, à la suite d’une demande d’Yvon Dubé, appuyée le 7 avril 1989 par une résolution de la Réserve, la Commission de toponymies du Québec acceptait de rendre officielle l’appellation « L’Acropole des Draveurs » utilisée par Mgr Félix-Antoine Savard pour désigner le cran ouest de la montagne des Érables dans les Hautes-Gorges.
Deux cérémonies publiques saluaient la naissance de la nouvelle réserve. À l’occasion d’une visite en Charlevoix, le prince Andrew et son épouse, Sarah Fergusson (duc et duchesse d’York) dévoilaient une plaque commémorative au Centre écologique de Port-au-Saumon le 17 juillet 1989. Neuf jours plus tard, le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, dévoilait, près du Centre d’Art de Baie-Saint-Paul, une plaque de bronze montée sur monument de pierre reproduisant le certificat officiel soulignant la création de la Réserve mondiale de la Biosphère de Charlevoix.
